Avis à la population du secteur Métabetchouan : Un avis de non‑consommation de l’eau est remis en vigueur par mesure préventive pour les groupes vulnérables. Veuillez lire attentivement ce communiqué : https://ville.metabetchouan.qc.ca/avis-de-non-consommation-de-leau-secteur-metabetchouan/
25 août 2026

Rapport hydrogéologique

Contexte et objectif de l’étude

La Ville de Métabetchouan‑Lac‑à‑la‑Croix fait face à une problématique de contamination de l’eau souterraine par les nitrates dans les puits municipaux P‑1 et P‑2, qui alimentent une partie importante de la population en eau potable, soit la population du secteur Métabetchouan. Depuis 2018, des concentrations élevées sont observées de façon récurrente, atteignant en moyenne environ 5 mg/L et ayant dépassé la norme de 10 mg/L en janvier 2025, entraînant l’imposition de mesures préventives de restriction d’usage.

Dans ce contexte, la Ville a mandaté une étude hydrogéologique afin d’améliorer la compréhension du fonctionnement de l’aquifère, de préciser les zones contributives aux puits et de mieux orienter les décisions futures en matière de protection et d’approvisionnement en eau potable.

Contexte hydrogéologique

Le secteur d’étude est situé dans les Basses‑Terres du Lac‑Saint‑Jean, un territoire à vocation majoritairement agricole. Le sous‑sol est caractérisé par une succession de dépôts meubles issus des dernières glaciations, notamment des sédiments argileux et des formations granulaires.

L’aquifère exploité par les puits municipaux correspond à un dépôt fluvioglaciaire composé principalement de sable et de gravier. Cette formation est reconnue pour sa forte perméabilité et sa capacité à stocker et transmettre de grandes quantités d’eau. Elle peut atteindre plusieurs dizaines de mètres d’épaisseur et repose directement sur le socle rocheux.

La nappe d’eau souterraine associée à cet aquifère est de type libre, ce qui signifie qu’elle est directement alimentée par les précipitations infiltrées. Cette caractéristique la rend particulièrement vulnérable aux contaminations provenant de la surface, notamment dans les secteurs où les dépôts argileux protecteurs sont absents ou discontinus.

Fonctionnement de l’écoulement souterrain (Figure 10)

La Figure 10 ci-dessous présente la piézométrie de la nappe profonde dans des conditions statiques mesurées le 12 novembre 2025. L’interprétation de cette figure constitue un élément clé de l’étude.

Elle montre que l’eau souterraine s’écoule globalement du nord‑ouest vers le sud‑est, soit en provenance des secteurs agricoles situés en altitude vers les puits municipaux. Les lignes piézométriques révèlent un gradient hydraulique bien défini, orienté vers le site de captage.

L’écoulement est fortement influencé par la topographie du socle rocheux sous‑jacent. Une dépression importante agit comme une zone de convergence qui canalise les eaux souterraines vers les puits P‑1 et P‑2. Cette configuration favorise le transport des contaminants dissous, incluant les nitrates, depuis les zones d’infiltration en surface jusqu’au point de captage.

La figure met également en évidence que les puits interceptent une eau provenant d’un vaste bassin d’alimentation en amont hydraulique. En aval, la nappe est en interaction directe avec la rivière Couchepaganiche, ce qui entraîne un effet de recharge induite. Une partie de l’eau pompée provient ainsi de la rivière, contribuant à diluer partiellement les concentrations de nitrates mesurées aux puits.

Origine et distribution de la contamination

Les analyses de la qualité de l’eau confirment la présence généralisée de nitrates dans la nappe profonde. Les concentrations les plus élevées sont observées dans les zones situées en amont hydraulique, ce qui concorde avec la direction d’écoulement souterrain établie.

L’origine de cette contamination est principalement attribuée aux activités agricoles intensives, notamment l’épandage d’engrais azotés. Les nitrates, très solubles, s’infiltrent facilement dans le sol et migrent vers la nappe en suivant le flux naturel des eaux souterraines.

La vulnérabilité de l’aquifère est accentuée par :

  • sa nature granulaire très perméable;
  • l’absence locale de couches protectrices imperméables;
  • la recharge directe par infiltration.

Ces facteurs combinés favorisent un transfert rapide des contaminants vers les puits municipaux.

Influence des eaux de surface

L’étude a également examiné le rôle potentiel du lac Perché, situé en amont des puits. Bien que ce plan d’eau puisse agir comme zone de collecte des eaux de ruissellement, les observations indiquent qu’il n’est pas en lien hydraulique direct avec la nappe profonde.

En revanche, la rivière Couchepaganiche joue un rôle important dans le système hydrogéologique. La proximité des puits et les aménagements en place favorisent une infiltration de l’eau de surface vers l’aquifère. Cette contribution peut représenter une part significative du débit pompé et expliquer la dilution partielle des concentrations de nitrates observées.

Constats principaux

L’étude met en évidence plusieurs éléments clés :

  • la nappe exploitée est productive, mais très vulnérable à la contamination;
  • les nitrates observés proviennent principalement des activités agricoles en amont hydraulique;
  • la configuration géologique canalise les contaminants vers les puits;
  • la situation actuelle comporte un risque réel de dépassement des normes de qualité de l’eau.

Le maintien du statu quo n’est pas considéré comme une solution viable à long terme pour assurer une eau potable de qualité.

Options de gestion et pistes de solution

Trois grandes approches sont envisagées pour améliorer la situation :

1. Agir à la source
Cette option consiste à réduire les apports en nitrates par un encadrement plus strict des activités agricoles dans les zones contributives. Bien qu’efficace à long terme, elle implique des impacts importants pour les producteurs agricoles et nécessite une meilleure délimitation des aires de protection.

2. Traiter l’eau captée
La mise en place de systèmes de traitement spécifiques permettrait de réduire les concentrations de nitrates. Toutefois, les technologies disponibles sont coûteuses et leur efficacité peut être limitée.

3. Développer une nouvelle source d’approvisionnement
La recherche d’une nouvelle source d’eau souterraine, située dans un secteur moins vulnérable, représente une solution durable. Cette option nécessite des investissements importants, mais permettrait de sécuriser l’approvisionnement à long terme.

Conclusion

L’étude confirme que la contamination par les nitrates découle directement des activités agricoles pratiquées dans les zones en amont hydraulique des puits municipaux. La compréhension du régime d’écoulement, illustrée notamment par la Figure 10, démontre clairement que les conditions hydrogéologiques favorisent le transport des contaminants vers les ouvrages de captage.

Face à cette situation, la Ville doit intervenir afin d’assurer la pérennité de son approvisionnement en eau potable et de garantir une qualité conforme aux normes en vigueur. Les différentes options analysées présentent chacune des avantages et des contraintes, mais elles ne répondent pas de façon équivalente aux enjeux à long terme.

À la lumière des résultats de l’étude et des analyses réalisées, le conseil municipal a pris la décision de se tourner vers la solution la plus durable, soit le développement d’une nouvelle source d’approvisionnement en eau souterraine. Cette approche vise à sécuriser l’accès à une eau de qualité, dans un secteur moins vulnérable à la contamination, tout en réduisant la dépendance à une ressource actuellement exposée à des risques importants.

Ce choix stratégique témoigne de la volonté de la Ville d’adopter une vision à long terme en matière de gestion de l’eau potable, en conciliant protection de la santé publique, planification du territoire et résilience face aux pressions environnementales.

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